Déchets industriels : ce que vos déchets révèlent sur votre production

Dans une entreprise industrielle, les déchets sont généralement considérés comme le résultat final d’une activité : chutes de matières, emballages utilisés, produits écartés, résidus de fabrication ou matériaux devenus inutiles.

 

Mais cette vision est incomplète.

Un volume important de déchets industriels peut parfois révéler quelque chose de beaucoup plus intéressant : une perte de matière première, une mauvaise utilisation des ressources ou une étape du processus de production qui pourrait être améliorée.

 

Autrement dit, les déchets ne constituent pas seulement un problème environnemental à gérer. Ils peuvent également devenir une source d’information sur la performance de l’entreprise.

 

Analyser ses déchets permet donc de répondre à une question essentielle :

Que nous disent réellement les déchets produits par notre activité ?

Déchets industriels : ce que vos déchets révèlent sur votre production

Un déchet représente souvent une matière qui a déjà été achetée

Lorsqu’une entreprise achète une matière première, elle lui attribue une valeur économique.

 

Une partie de cette matière peut ensuite être transformée, emballée ou intégrée au processus de fabrication.

 

Mais lorsqu’une quantité de cette matière finit sous forme de déchet, l’entreprise peut avoir perdu une partie de la valeur qu’elle avait initialement achetée.

 

Prenons un exemple simple.

Une entreprise utilise une matière pour fabriquer ses produits. Pendant la production, certaines chutes sont inévitables. Mais si les quantités de chutes augmentent fortement, cela peut être le signe d’une anomalie ou d’une possibilité d’amélioration.

 

Le déchet devient alors un indicateur.

 

Il permet de poser une nouvelle question :

Pourquoi cette matière est-elle devenue un déchet ?

Tous les déchets de production ne sont pas évitables

Il serait toutefois incorrect de considérer que toute production de déchets constitue une mauvaise performance.

 

Certaines pertes sont inhérentes au procédé industriel.

 

Une découpe peut produire des chutes.

Un emballage peut devenir inutile après utilisation.

Une opération de fabrication peut générer des résidus.

 

Certains produits peuvent également être écartés pour des raisons de qualité.

L’objectif n’est donc pas de chercher à supprimer absolument tous les déchets.

 

Il consiste plutôt à distinguer :

  •   – les déchets difficilement évitables ;
  •   – les déchets qui peuvent être réduits ;
  •   – les matières qui peuvent être réutilisées ;
  •   – les matières qui peuvent être recyclées ;
  •   – les déchets qui peuvent être valorisés ;
  •   – les déchets qui nécessitent une gestion spécifique.

 

Cette distinction permet d’avoir une vision plus réaliste de la performance.

Les déchets peuvent révéler des problèmes dans le processus

Une augmentation des déchets industriels peut parfois être liée à un changement dans le fonctionnement de l’entreprise.

Plusieurs situations peuvent expliquer cette évolution.

 

Une mauvaise utilisation des matières

Une matière première peut être utilisée en quantité supérieure à ce qui est nécessaire.

Cela peut provenir d’une méthode de travail, d’un réglage ou d’une organisation qui mérite d’être réexaminée.

 

Des erreurs de production

Une erreur dans une étape de fabrication peut entraîner la mise au rebut d’une quantité importante de matière.

 

Des problèmes de qualité

Lorsqu’un produit ne répond pas aux exigences définies, il peut être écarté.

Dans ce cas, le déchet n’est pas uniquement un problème de gestion environnementale : il peut également représenter une perte de production.

 

Des emballages excessifs

Les activités industrielles et logistiques peuvent générer des quantités importantes de cartons, films plastiques, palettes et autres emballages.

L’analyse de ces flux peut permettre d’identifier des possibilités de réduction.

Mesurer les déchets permet de mieux comprendre l'entreprise

Une entreprise qui ne mesure pas ses déchets dispose de peu d’informations sur les matières qui sortent de son processus de production.

 

À l’inverse, le suivi régulier permet d’identifier les tendances.

 

Il est possible de suivre, par exemple :

  •   – la quantité de déchets produite ;
  •   – le type de matière ;
  •   – le lieu de production ;
  •   – la fréquence ;
  •   – l’évolution mensuelle ;
  •   – la part valorisable ;
  •   – la part non valorisable.

 

Ces données permettent de comparer les périodes et d’identifier les changements.

 

Une hausse soudaine d’un flux de déchets mérite par exemple une analyse.

Le ratio déchets / production : un indicateur intéressant

Pour aller plus loin, l’entreprise peut comparer la quantité de déchets produite avec son niveau de production.

 

L’objectif est de ne pas regarder uniquement le volume total.

Une entreprise peut produire davantage de déchets simplement parce qu’elle produit davantage.

Il est donc plus pertinent de mettre en relation les deux données.

 

Par exemple :

Quantité de déchets générés ÷ quantité produite

 

Cet indicateur peut aider à suivre l’évolution de la performance dans le temps.

Si la production augmente mais que la quantité de déchets augmente beaucoup plus rapidement, cela peut justifier une analyse du processus.

Identifier les matières qui ont encore une valeur

Tous les déchets ne doivent pas être considérés comme des déchets sans potentiel.

Une partie des flux peut conserver une valeur matière.

 

Selon l’activité, il peut notamment s’agir de :

  •   – carton ;
  •   – papier ;
  •   – plastique ;
  •   – métaux ;
  •   – bois ;
  •   – emballages ;
  •   – certaines chutes de production.

 

Le potentiel de valorisation dépend cependant de la nature, de la qualité, de la quantité et des conditions de récupération de chaque flux.

 

C’est pourquoi une bonne analyse commence par l’identification précise des matières.

Le problème du mélange des déchets

Lorsqu’une entreprise mélange différents flux, elle peut perdre une partie du potentiel de valorisation.

 

Une matière recyclable mélangée avec des déchets non valorisables peut devenir plus difficile à récupérer.

 

Le mélange augmente également les opérations nécessaires pour séparer les matières.

 

C’est pourquoi l’analyse des déchets doit être accompagnée d’une réflexion sur leur organisation dès leur lieu de production.

Une matière peut changer de catégorie au cours de son parcours

Un même matériau peut avoir une valeur différente selon la manière dont il est géré.

Prenons le cas d’un emballage carton.

Lorsqu’il est propre et séparé, il peut être facilement orienté vers une filière adaptée.

S’il est mélangé avec des déchets humides ou contaminés, sa récupération peut devenir plus complexe.

La valeur potentielle ne dépend donc pas uniquement du matériau.

Elle dépend également de la manière dont l’entreprise le manipule.

Les déchets comme outil d'amélioration continue

L’analyse des déchets peut être intégrée dans une démarche d’amélioration continue.

 

L’entreprise peut fonctionner selon une logique simple :

Mesurer → analyser → identifier → agir → contrôler.

 

Mesurer

Identifier les quantités et les différents flux.

 

Analyser

Chercher les principales sources de déchets.

 

Identifier

Déterminer les déchets qui peuvent être réduits, réutilisés ou valorisés.

 

Agir

Modifier l’organisation, les pratiques ou les circuits internes lorsque cela est pertinent.

 

Contrôler

Comparer les résultats après la mise en place des actions.

Cette méthode permet de transformer la gestion des déchets en véritable démarche de performance.

Que faire lorsqu'une entreprise découvre un flux important ?

Lorsqu’un flux représente une quantité importante, plusieurs questions peuvent être posées.

 

Pourquoi ce déchet est-il produit ?

À quel endroit apparaît-il ?

Quelle quantité est générée ?

Est-il possible de réduire sa production ?

Peut-il être réutilisé ?

Peut-il être recyclé ?

Existe-t-il une filière de valorisation adaptée ?

 

Cette démarche permet de ne pas traiter tous les déchets de la même manière.

Réduire avant de valoriser

La valorisation est intéressante, mais elle ne doit pas faire oublier une priorité : éviter de produire inutilement des déchets.

 

Lorsqu’une perte de matière peut être supprimée à la source, cette solution est généralement préférable à la production du déchet suivie de son recyclage.

 

L’entreprise doit donc rechercher un équilibre entre :

  •   – réduction ;
  •   – réutilisation ;
  •   – récupération ;
  •   – recyclage ;
  •   – valorisation ;
  •   – traitement des déchets restants.

 

Cette approche permet de mieux utiliser les ressources.

L'analyse des déchets peut également améliorer les achats

Les déchets peuvent fournir des informations utiles au service achats.

Une entreprise qui constate une quantité importante d’emballages peut par exemple se demander si certaines solutions de conditionnement pourraient être optimisées.

Elle peut également étudier les quantités achetées, les formats utilisés et les caractéristiques des emballages.

La gestion des déchets devient alors liée à la gestion des approvisionnements.

Une approche utile pour les entreprises marocaines

Au Maroc, les entreprises industrielles et professionnelles peuvent avoir intérêt à mieux connaître les flux générés par leurs activités.

 

La question ne concerne pas uniquement la protection de l’environnement.

 

Elle touche également :

  •   – la maîtrise des ressources ;
  •   – l’organisation interne ;
  •   – les coûts de gestion ;
  •   – la performance des processus ;
  •   – la récupération des matières ;
  •   – la valorisation des déchets.

 

Une entreprise qui connaît précisément ses déchets possède également une meilleure vision de ce qu’elle consomme et de ce qu’elle

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