Bilan Carbone au Maroc
Face aux défis du changement climatique, le bilan carbone au Maroc s’impose comme un outil de pilotage stratégique. Le Maroc étant que pays engagé dans la transition énergétique, les entreprises sont de plus en plus incitées à mesurer leur empreinte carbone pour anticiper les futures obligations, répondre aux exigences des clients internationaux et améliorer leur performance environnementale.
Qu’est-ce qu’un bilan carbone ?
Le bilan carbone est une méthode normalisée qui permet de quantifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par une activité, un produit ou une organisation, sur l’ensemble de son cycle de vie ou de fonctionnement. Cette démarche est essentielle pour comprendre l’impact environnemental d’une entité et pour mettre en place des actions de réduction efficaces. Elle s’inscrit dans une logique de transition écologique et de responsabilité sociétale, et constitue souvent un point de départ pour élaborer une stratégie climat ou RSE.
Le bilan carbone repose sur une approche structurée en trois périmètres d’émissions, appelés « scopes », définis par le GHG Protocol, la référence internationale en matière de comptabilité carbone.
SCOPE 1 : les émissions directes
Le Scope 1 regroupe toutes les émissions de GES directement émises par l’organisation elle-même, c’est-à-dire celles qui proviennent de sources possédées ou contrôlées par elle. Il s’agit par exemple des émissions liées à la combustion de carburants fossiles dans les chaudières, les véhicules de société ou les groupes électrogènes, mais aussi des émissions issues de procédés industriels spécifiques comme la production de ciment ou de produits chimiques, ainsi que des fuites de gaz frigorigènes provenant des systèmes de climatisation ou de réfrigération. Ces émissions sont généralement les plus simples à identifier et à quantifier, car elles dépendent directement de l’activité interne de l’entreprise ou de l’entité évaluée.
SCOPE 2: les émissions indirectes liées à l’énergie
Le Scope 2 concerne les émissions indirectes associées à la consommation d’énergie importée, notamment l’électricité utilisée pour l’éclairage, le chauffage, le fonctionnement des machines ou des équipements informatiques, ainsi que la chaleur, la vapeur ou le froid achetés à des fournisseurs extérieurs. Bien que ces émissions ne soient pas produites directement sur le site de l’organisation, elles sont étroitement liées à son fonctionnement. Leur quantification dépend en grande partie du mix énergétique du pays ou du fournisseur concerné, ce qui signifie qu’un kilowatt-heure provenant de sources fossiles aura un impact carbone plus important qu’un kilowatt-heure d’origine renouvelable.
Scope 3 : les autres émissions indirectes
Le Scope 3 regroupe l’ensemble des autres émissions indirectes qui ne sont pas incluses dans les Scopes 1 et 2, mais qui résultent des activités en amont et en aval de la chaîne de valeur de l’organisation. Il s’agit notamment des émissions liées à la fabrication, au transport et à la transformation des biens et services achetés, au transport des matières premières jusqu’au site de production, ou encore à la livraison des produits finis aux clients. On y trouve également les déplacements professionnels des salariés, les trajets domicile-travail, la gestion des déchets issus de l’activité, l’utilisation des produits vendus lorsqu’ils génèrent eux-mêmes des émissions (comme les appareils électroniques ou les véhicules), ainsi que la fin de vie de ces produits une fois qu’ils sont jetés, recyclés ou traités. Dans certains cas, notamment pour les institutions financières, les investissements réalisés peuvent aussi être intégrés dans le Scope 3. Bien que souvent complexes à évaluer, ces émissions représentent généralement la majorité de l’empreinte carbone totale d’une organisation et nécessitent une analyse approfondie pour être correctement prises en compte.
Bilan Carbone au Maroc : Outil et ambition
Pour accompagner la dynamique de la stratégie nationale contre le changement climatique, le Maroc a mis en place une plateforme digitale dédiée, appelée Bilan Carbone Maroc, qui permet aux entreprises et organismes de calculer leur empreinte carbone en utilisant un outil basé sur plus de 350 facteurs d’émission, dont environ 60 % sont adaptés spécifiquement au contexte national marocain. Cet outil a été développé notamment par la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, en collaboration avec la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM)
Cette plateforme permet ainsi d’avoir une représentation quasi exhaustive des émissions directes et indirectes, facilitant la mise en place de plans de réduction adaptés aux réalités économiques et environnementales du pays.
Le Maroc a révisé à la hausse ses ambitions climatiques en s’engageant à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45,5 % d’ici 2030 (contre 42 % initialement), dont 18,3 % sans appui international. Cette stratégie s’appuie sur un portefeuille de 61 projets couvrant plusieurs secteurs clés tels que l’énergie, l’industrie (notamment les phosphates et le ciment), le transport, l’agriculture, la gestion des déchets et la foresterie.
Le Maroc a également élaboré un Plan Climat National 2020-2030 visant un développement sobre en carbone et résilient au changement climatique, ainsi que des Plans Climats Régionaux pour accompagner la déclinaison territoriale de cette politique.
Dans le cadre de cette politique climatique, le Maroc met en place une taxe carbone qui entrera en vigueur le 1er janvier 2026. Cette taxe, inspirée des meilleures pratiques internationales et alignée avec le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’Union européenne, vise à encourager les industries à forte intensité carbone (ciment, fer, acier, aluminium, fertilisants, électricité, hydrogène) à réduire leurs émissions tout en préservant leur compétitivité sur les marchés internationaux.
Dans ce contexte, l’adoption du bilan carbone dans l’industrie constitue un levier stratégique pour initier une transition vers une économie circulaire, en identifiant les sources majeures d’émissions et en favorisant la réutilisation, la réduction des déchets et l’optimisation des ressources tout au long de la chaîne de valeur.
Pourquoi faire ce bilan ?
✅ Pour anticiper la réglementation
Bien que le bilan carbone ne soit pas encore obligatoire pour toutes les entreprises marocaines, il s’inscrit dans une logique d’anticipation des futures normes environnementales (comme la taxe carbone à l’export vers l’UE via le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières).
✅ Pour renforcer la compétitivité
- Améliorer son image auprès des clients, bailleurs de fonds et partenaires internationaux
- Accéder plus facilement aux marchés publics, aux financements verts et aux appels d’offres exigeant une démarche environnementale
✅ Pour maîtriser les coûts
- Réduire les consommations énergétiques
- Optimiser la chaîne logistique
- Identifier les leviers de performance durable
Comment faire un bilan carbone au Maroc ?
Étape 1 : Définir le périmètre
- Quelle activité ? Quel site ? Quels produits ou services ? Choisir les scopes à inclure.
Étape 2 : Collecte de données
- Consommation de carburant, électricité, eau
- Déplacements professionnels, fret, achats, déchets
- Données d’achats fournisseurs, consommation papier, etc.
Étape 3 : Calcul des émissions
- Utilisation de facteurs d’émissions locaux ou internationaux (Base Carbone ADEME, IPCC…)
- Conversion des données en tonnes équivalent CO₂
Étape 4 : Analyse des résultats
- Identifier les postes les plus émetteurs
- Comparer dans le temps ou avec d’autres entreprises du secteur
Étape 5 : Élaboration du plan d’action
- Réduction de la consommation d’énergie
- Sensibilisation des équipes
- Optimisation des transports
- Choix de fournisseurs locaux ou responsables
Le bilan carbone au Maroc est bien plus qu’un simple outil de mesure. C’est une opportunité stratégique pour les entreprises soucieuses de performance, d’innovation et de durabilité. Que ce soit pour se conformer aux nouvelles exigences des marchés ou pour jouer un rôle actif dans la lutte contre le changement climatique, il est temps de passer à l’action, contactez nous pour en savoir plus.